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L’analyse de déclarations écrites : un outil précieux en enquête privée

  • Photo du rédacteur: Caroline Hébert
    Caroline Hébert
  • 10 nov. 2025
  • 5 min de lecture

L’analyse de déclarations écrites, ou Statement Analysis, est de nos jours une discipline précieuse au sein des agences d’investigation moderne. Elle consiste en l’examen méthodique des propos tenus par une personne, qu’il s’agisse de témoignages, de correspondances ou de déclarations diverses, afin de déceler la véracité du récit, les omissions, les incohérences et, parfois, des aveux implicites ou à l’inverse, de fausses confessions[1].


Fondements et objectifs de l’analyse de déclaration


L’expert en analyse de déclaration se distingue par sa capacité à décortiquer chaque mot, chaque phrase et chaque construction langagière dans un texte. Cette aptitude à repérer les subtilités linguistiques est particulièrement précieuse lors d’enquêtes où la détection du mensonge, de la dissimulation ou de la manipulation est essentielle.


Les individus qui mentent lors d’une déclaration utilisent souvent des formulations floues et évitent d’affirmer explicitement leur innocence, préférant des réponses plus ou moins évasives qui peuvent être aisément relevées par un analyste chevronné.


L’analyse de déclaration va bien au-delà du simple contenu d’un texte : elle s’intéresse aussi aux détails omis, à la chronologie, aux changements de temps de verbe et à la manière dont les actions sont décrites. Le moindre glissement, le mot superflu ou la réponse indirecte peut fournir à l’enquêteur des pistes à creuser, voire orienter l’ensemble d’une investigation.


Exemples concrets en pratique privée


Prenons le cas d’une déclaration émise lors d’une enquête pour vol :

« J’ai regardé les bijoux, j’ai déposé le coffre sur le bureau et je suis rentré chez moi. »

Ici, l’analyste remarquera que la personne n’a pas précisé avoir replacé les bijoux dans le coffre après les avoir regardés, ce qui pourrait indiquer une omission significative.


Ce niveau de décorticage permet de relever, dans une déclaration a priori anodine, des éléments de suspicion ou des contradictions majeures qu’il sera important d’investiguer davantage.


Un autre exemple tiré de l’une de nos enquêtes récentes (les noms et lieux ont été modifiés) illustre bien l’intérêt de l’analyse de déclaration écrite :

« Marc m’a avoué avoir tué Josée. Il serait allé la chercher chez elle, il l’aurait conduite jusqu’à un boisé près de chez lui et l’aurait attaquée. Elle se débattait vraiment beaucoup et criait à pleins poumons… »

Deux éléments importants ressortent de l’analyse de ce court paragraphe.


Premièrement, on observe un changement de temps de verbe : l’auteur passe du conditionnel à l’imparfait. Cela suggère qu’il n’a peut-être pas seulement reçu les aveux d’un suspect, mais qu’il pourrait lui-même avoir été présent sur les lieux du crime.


Deuxièmement, il y a une référence à deux des cinq sens, ici la vue et l’ouïe – la mention des cris puissants et du fait que la victime se débattait vigoureusement. En général, cette évocation sensorielle indique une expérience vécue directement, et non simplement rapportée par ouï-dire. En effet, un témoin ou une victime présente sur une scène de crime fera naturellement état d’éléments visuels, auditifs, tactiles, olfactifs ou émotionnels, ce qu’une personne qui n’a fait que relayer une version entendue ne pourra pas décrire avec autant de précision.

À l’issue de l’enquête, il fut d’ailleurs confirmé que l’auteur de la déclaration était effectivement présent lors du crime. Il s’est avéré être non pas qu’un simple témoin d’aveux, mais plutôt un complice ayant participé activement à l’événement.





Méthodologie et posture professionnelle


L’analyse de déclaration est mise à l’œuvre dans divers contextes, notamment :


  • Par les corps policiers, juristes et enquêteurs privés, pour analyser des dépositions, des aveux ou des déclarations de témoins ou de personnes d’intérêt.


  • En ressources humaines, dans le cadre d’enquêtes internes sur des comportements inappropriés ou des soupçons de fraude.


  • En journalisme d’enquête, pour évaluer la cohérence des témoignages recueillis lors d’interviews sensibles ou contradictoires.


Le processus d’analyse repose sur l’idée que chaque mot écrit ou prononcé n’est jamais anodin. Le cerveau choisit inconsciemment les mots les plus représentatifs de l’intention de l’auteur. Cela implique que, même dans les moments d’inattention ou de relâchement, les choix de mots peuvent révéler des vérités cachées, des hésitations ou des tentatives de manipulation.


Pour mener une analyse efficace, l’expert procède comme suit :


  • Lecture intégrale du document, en prêtant attention à la structure narrative.


  • Analyse décortiquée phrase par phrase, pour identifier les changements de registre, de temporalité, les omissions et les redondances.


  • Interrogation systématique du pourquoi de chaque formulation : « Pourquoi ce mot ? Pourquoi cette chronologie ? Que veut-il réellement transmettre ou omettre comme renseignement ? »


La maîtrise de l’analyse de déclaration exige :


  • Des compétences linguistiques et psychologiques pointues.


  • Un esprit critique et méthodique afin de discerner les incohérences et articuler ses conclusions.


  • Une formation spécialisée, souvent en psychologie appliquée, criminologie ou linguistique, permettant d’adopter une posture rigoureuse face aux limites intrinsèques de la discipline.


L’analyse ne se limite pas à un diagnostic binaire (vrai/faux), mais explore les zones de gris, les nuances de déformation, d’omission ou d’atténuation du récit. Les mots utilisés, leur ordre et leur fréquence, constituent autant de données à interpréter pour orienter la suite de l’enquête.


Les limites et controverses de l’analyse de déclarations écrites


Comme toute discipline fondée sur l’interprétation, l’analyse de déclaration écrite suscite des débats. Si l’approche a permis l’émergence d’une pratique utile et pertinente, la fiabilité scientifique de cette méthode reste contestée : plusieurs études empiriques ont démontré leur capacité limitée à distinguer le vrai du faux.


Dans ce contexte, il convient que l’enquêteur conserve et démontre une rigueur critique pour traiter les résultats comme des indices, jamais comme des preuves absolues. Tout comme l’utilisation du polygraphe et du profilage criminel, l’analyse de déclaration se veut un outil de soutien à l’enquête et ne remplace jamais l’enquête classique approfondie. Elle accompagne, oriente et corrobore, mais doit être utilisée dans une approche globale d’investigation.


Analyse de déclaration écrite vs graphologie vs expertise judiciaire en écriture


Il est fondamental de distinguer l’analyse de déclarations écrites, l’expertise judiciaire en écriture et la graphologie, trois concepts qui sont souvent confondus et qui constituent trois disciplines radicalement différentes.


  • Graphologie : ce procédé étudie principalement la personnalité, le caractère et l’état d’esprit de l’auteur d’un texte à partir de l’observation de son écriture manuscrite. Le graphologue vise à établir des hypothèses psychologiques en analysant la forme, l’inclinaison, la vitesse ou la pression graphique. En somme, il étudie davantage le contenant que le contenu. Cette technique n’est généralement ni utilisée, ni acceptée comme valide en matière d’investigation.


  • Expertise judiciaire en écriture : l’expert judiciaire en écriture cherche l’authenticité du document et l’identité de l’auteur, à partir d’analyses techniques et comparatives. Son objectif est la validation ou la contestation formelle d’une pièce, mais pas l’évaluation du profil psychologique.


  • Analyse de déclaration : elle porte sur le contenu écrit, la structure du récit, les indices linguistiques de tromperie, d’omission ou de manipulation. Elle n’étudie ni le geste graphique ni la personnalité de l’auteur, mais bien la stratégie narrative derrière le texte.


Application pratique en termes d’investigation


Au sein d’une agence d’investigation ou d’un corps policier, l’analyse des documents écrits représente un atout stratégique :


  • Elle affine la compréhension du contexte d’une affaire, en détectant contradictions et incohérences dès l’étude du récit écrit.


  • Elle facilite la préparation des interrogatoires, en identifiant les points faibles à aborder.


  • Elle enrichit la production de rapports, en apportant un regard critique et rigoureux sur la cohérence des faits soulevés.


Toutefois, l’enquêteur doit garder à l’esprit le caractère indicatif et non probant de ses conclusions, et intégrer cette limitation dans la restitution à ses clients ou partenaires juridiques.


Conclusion


L’analyse de documents écrits s’impose comme une technique moderne incontournable dans la pratique de l’investigation privée ou publique. Elle exige rigueur, expertise et discernement, car elle se situe à la croisée de la linguistique, de la psychologie et de la stratégie narrative. L’enquêteur averti saura tirer profit de cette méthode, tout en restant vigilant face à ses limites scientifiques et institutionnelles.


[1] Pour en connaitre davantage sur le concept des faux aveux, nous référons le lecteur à notre article Les faux aveux : un phénomène méconnu et cause d'erreurs judiciaires


Némésis offre des services de profilage criminel, de tests polygraphiques, d'enquête et d'analyse d'investigation aux corps policiers québécois, aux juristes ainsi qu'à toute entité ou citoyen nécessitant une expertise pointue en terme d'investigation privée.

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