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Anatomie du « stalker » : profil de celui qui épie, traque et harcèle

  • Photo du rédacteur: Caroline Hébert
    Caroline Hébert
  • 19 janv.
  • 6 min de lecture

Les harceleurs obsessionnels constituent une catégorie d’individus à la fois sous‑estimée et potentiellement très dangereuse. Leur comportement se situe souvent dans une zone grise, entre le malaise relationnel toléré socialement et le crime violent avéré. Cette ambiguïté contribue à la banalisation précoce des signaux d’alerte, alors même que les trajectoires de harcèlement suivent fréquemment une logique d’escalade.

 

Cet article propose une analyse du phénomène du « stalking » : sa définition, ses principales typologies, les dynamiques psychologiques sous‑jacentes, les étapes d’escalade vers la violence et les indicateurs de risque utiles tant pour les victimes que pour les proches et les intervenants professionnels.

 

Qu’est‑ce que le « stalking » ?

 

Le « stalking », soit le harcèlement criminel de type obsessif, désigne une série de comportements intrusifs, répétés et non désirés, qui provoquent chez la victime un sentiment de peur, d’insécurité ou de détresse. Il peut s’agir de tentatives de contact insistantes, de filatures, de surveillance, de messages non sollicités, de menaces implicites ou explicites.

 

L’élément central n’est pas la gravité d’un acte isolé, mais la répétition et la persistance dans le temps. Le stalking s’inscrit souvent sur des mois, voire des années, et peut évoluer progressivement de manifestations apparemment anodines (cadeaux, appels fréquents, messages « romantiques ») vers des menaces sérieuses ou des agressions physiques.

 

Dans les phases initiales, l’entourage tend à minimiser les faits lorsqu’ils sont pris individuellement. La victime, en revanche, perçoit généralement très tôt que quelque chose ne va pas. Ce décalage contribue à retarder la reconnaissance du danger et l’intervention.

 

Typologies : comment classer les stalkers?

 

Plusieurs modèles issus de la recherche et de la pratique professionnelle permettent de classifier les harceleurs. Bien qu’ils diffèrent dans leur terminologie, ces modèles se recoupent largement dans leurs constats.

 

L’obsessif amoureux

 

Dans ce profil, la victime ne connaît pas ou connaît très peu son harceleur. Celui-ci peut avoir développé une obsession au sujet d’une employée de commerce, une collègue éloignée, une voisine, une personnalité publique ou même une inconnue croisée brièvement.

 

La relation est essentiellement fantasmatique. L’harceleur interprète un signe minime, voire inexistant, comme la preuve d’un lien intime ou d’une réciprocité amoureuse. Il se construit un scénario relationnel élaboré, totalement détaché de la réalité.

 

Ces individus présentent souvent un grand isolement social et une faible expérience affective. La relation imaginaire devient un moyen de compenser un sentiment d’insignifiance ou de vide identitaire.

 

L’obsessif relationnel (ou obsession simple)

 

Ici, la victime est une ex‑conjointe, une partenaire actuelle ou une personne avec laquelle l’harceleur a entretenu une relation réelle. Ce profil recouvre une large part des situations de violence conjugale et post‑séparation.

 

La rupture est vécue comme une atteinte intolérable à l’ego et au sentiment de contrôle et l’harceleur dispose déjà d’informations concrètes sur la vie de la victime : routines, entourage, lieux fréquentés, vulnérabilités.

 

Les recherches s'entendent sur le fait que cette catégorie est statistiquement plus violente. Les menaces de mort, l’utilisation d’armes et le passage rapide à l’agression physique y sont plus fréquents.

 

Modèle RECON et typologies cliniques

 


Le modèle RECON (Relationship and Context‑based) classe les harceleurs selon la nature de la relation préalable : intime, connaissance, inconnu ou personnalité publique. Il met en évidence que les ex‑partenaires constituent le groupe présentant les risques de violence et de létalité les plus élevés.


Sur le plan clinique, les travaux de Mullen et de ses collaborateurs identifient cinq grands profils : le rejeté, celui en quête d’intimité, l’incompétent social, le vindicatif et le prédateur. Malgré leurs différences, ces profils partagent des caractéristiques récurrentes : troubles de la personnalité ou d’abus de substances, mécanismes de défense primitifs, jalousie intense et difficultés majeures d’attachement.

 

Caractéristiques psychologiques et dynamiques internes

 

Contrairement à une idée répandue, l’harceleur obsessionnel n’agit pas de manière chaotique ou désorganisée. Son comportement obéit à une logique interne cohérente, bien que profondément dysfonctionnelle.

 

Solitude et carences relationnelles

 

Beaucoup de harceleurs présentent une vie sociale appauvrie et un réseau affectif quasi inexistant. Leur quotidien est souvent centré sur des activités solitaires, la télévision, les jeux vidéo, l’Internet et la rumination fantasmatique.

 

L’absence d’expériences relationnelles saines favorise une conception idéalisée et irréaliste de l’amour, où l’autre est perçu comme un objet de réparation psychique plutôt qu’un sujet autonome.

 

Fragilité narcissique et besoin de contrôle

 

Honte, jalousie, sentiment d’échec et hypersensibilité au rejet constituent un terrain fertile pour ces individus. Le harcèlement devient alors un moyen de restaurer un sentiment de puissance et d’existence. Un schème cognitif fréquent chez eux peut se résumer ainsi : « Si tu me crains, tu ne peux pas m’ignorer. » La peur de la victime est intégrée comme une forme de lien.

 

Pensée tournée vers une mission

 

Chez certains individus, le comportement obsessionnel prend une dimension quasi idéologique. L’agression, voire le meurtre, est perçue comme l’aboutissement logique d’une mission personnelle. D’un point de vue criminologique, le harcèlement obsessionnel constitue ainsi une conduite de maîtrise : l’enjeu n’est pas la relation, mais le contrôle de l’autre, voire sa destruction lorsque la fusion fantasmée échoue.

 

Les études sur les assassins de personnalités publiques révèlent des constantes frappantes : journaux intimes détaillés, repérage méthodique, identification à des figures violentes antérieures en font partie.

 

Cycle d’escalade : de la séduction à la violence

 

La plupart des situations de stalking suivent un cycle relativement stable, bien que la vitesse d’évolution varie considérablement.

 

1. Phase de séduction

 

L’harceleur multiplie les attentions : cadeaux, lettres, appels répétés, tentatives de rapprochement. Dans le contexte post‑conjugal, cette phase s’apparente souvent à un « retour du bon partenaire », marqué par des excuses et des promesses de changement.

 

Le refus ou la mise à distance de la victime n’est pas perçu comme un signal d’arrêt, mais comme un obstacle à surmonter.

 

2. Intimidation et menaces

 

Face à la résistance, le ton se durcit : reproches, jalousie, surveillance accrue, menaces directes ou indirectes. Les propos suicidaires ou les menaces envers les proches servent à maintenir une pression constante.

 

3. Passage à l’acte violent

 


Lorsque le fantasme de réconciliation ou de domination s’effondre, la frustration peut se transformer en violence grave, parfois létale. Un événement déclencheur est souvent identifiable : rupture définitive, nouvelle relation de la victime, perte de statut ou humiliation perçue.

 

Les recherches montrent une corrélation forte entre le harcèlement obsessionnel et les violences physiques ou sexuelles ultérieures, particulièrement dans les contextes de violence conjugale.

 

Profils de risque et signaux d’alerte

 

L’enjeu opérationnel n’est pas de poser un diagnostic psychologique, mais d’évaluer le niveau de danger.

 

Facteurs liés à l’auteur

  • Antécédents de violence ou de menaces

  • Troubles de la personnalité  

  • Troubles liés à l’usage de substances

  • Escalade des moyens (du message aux visites, des menaces aux armes)

 

Facteurs relationnels

  • Lien intime ou ex‑intime

  • Accès privilégié aux informations et aux routines de la victime

 

Facteurs liés à la victime

  • Niveau de peur exprimé et hypervigilance

  • Symptômes dépressifs, anxieux ou de stress post‑traumatique

 

Il est important de noter que la peur ressentie par la victime est un indicateur fiable : dans la grande majorité des cas, plus elle se sent en danger, plus le risque objectif est élevé.

 

Pistes de prévention et d’intervention

 

Documenter systématiquement

 

Tenir un journal des incidents, conserver assidument les messages, captures d’écran et preuves matérielles est essentiel pour démontrer la répétition et l’escalade.

 

Briser l’isolement

 

Informer les proches, l’employeur ou les institutions concernées permet de réduire les occasions de contact et d’augmenter la vigilance collective.

 

Sécurisation technologique

 

Renforcer la sécurité des comptes numériques, limiter la diffusion d’informations personnelles en ligne et vérifier les vecteurs de surveillance électronique potentiels (traceur GPS, applications mobiles de surveillance, etc.).

 

Approche légale et sécuritaire intégrée

 

Les démarches judiciaires doivent être combinées à des plans de sécurité concrets : adaptation des routines, hébergement sécuritaire, coordination avec le voisinage et apprentissage de la reconnaissance des signaux d’alerte.

 

Conclusion

 

Chaque situation de stalking constitue une fenêtre d’intervention avant une possible escalade vers la violence grave. Une lecture précoce des dynamiques obsessionnelles, des profils relationnels et des facteurs de risque permet parfois d’interrompre une trajectoire autrement prévisible.

 

Prendre le phénomène au sérieux, dès ses manifestations initiales, n’est pas un excès de prudence : c’est une mesure de prévention essentielle.

 

Pour ceux et celles qui désireraient en connaître davantage sur le sujet, je vous invite à consulter ces sources (la plupart uniquement disponibles en version originale anglophone) :

 

  • Mohandie, K., Meloy, J. R., McEllistrem, M. T., et al. (2006). The RECON typology of stalking: Reliability and validity based on a large sample of North American stalkers. Journal of Forensic Sciences, 51(1), 147-155. Disponible sur PubMed: https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/16423242/​

 

 

 

 

 

 


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